Michel Métayer

    Son travail de sculpture questionne les matières organiques (crépine, boyau, fourrure, cuir) ou recherchées (cristal, verre) et les formes issues du corporel : turgescences, rondeurs, protubérances, écoulements. Ces dernières sont parfois directement représentées, ainsi dans Lustre 1 (2006) où des boyaux blanc gonflés, s’enroulent sur un lustre aux pointes aiguës, le tout recouvert d’une crépine transparente. L’alliance de matériaux contradictoires dans leur nature et leur aspect confère à l’objet un caractère ambigu, oscillant entre la chaleur des entrailles et l’inertie de la sculpture, entre l’offrande d’un corps s’ouvrant dans son organicité et l’agressivité de sa défense. Dans cette pièce, comme dans la majeure partie du travail, désir et retrait se côtoient au sein du même geste.

    Par delà son caractère organique et l’ambiguïté qu’il appelle, le travail plastique de Céline Cadaureille s’inscrit tantôt dans une relecture du baroque et du memento mori – ainsi l’écoulement de Shell (2006) rappelle-t-il les verres brisés d’un Stoskopff -, tantôt dans celle d’un art de l’amulette (Black Mamba, Vagina Dentata ou Fur, 2008 et 2009) dans lequel celle-ci, à la fois, suggère et conjure le destin. Mais cette relecture n’est pas que formelle, elle porte aussi sur ce que le sensible suggère d’immatérialité. Ainsi les « limites du voir » référeraient-elles moins à une crainte de la transgression dans le présent qu’à celle d’un châtiment dans l’au-delà – quand bien même ce dernier ne se formulerait-il pas en termes chrétiens, mais sous la forme d’une représentation obscure d’un destin qu’une transgression pourrait infléchir jusqu’au funeste.

Michel Métayer, mai 2011
Directeur des Beaux-Arts de Toulouse

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