Nulle nudité à l’œil nu

À la recherche du potentiel érotique insoupçonné des choses, l’œuvre plastique de Céline Cadaureille provoque un glissement organique-onirique/onirique-organique d’une douce ambiguïté. Se nourrissant de l’appel de Foucault à la « désexualisation du plaisir » et des réflexions de Deleuze et Guattari sur le « corps-sans-organes », ses installations tendent, découpent, fragmentent et ligotent le réel. Maîtresses de l’effeuillage, ses sculptures suggèrent plus qu’elles ne montrent et dégagent un érotisme ambigu dont les associations désirantes interrogent la sensualité des éléments qui nous entourent. Niches ou boulets, cages ou perchoirs, limaces ou oreillers, chaque chose y trouve un nouveau rôle à tenir en suspens, comme un gel de l’image qui ne ferait qu’enflammer l’imagination. Œuf, ovaire ou testicule, l’œil ouvert, attiré par ce qui le repousse, hésite, figé par l’ambivalence de ces objets à la fois solides et fluides, corporels et inorganiques. Quelque part entre éros et thanatos, c’est-à-dire nulle part, le bestiaire utopique de Céline Cadaureille cherche sa niche entre l’univers fantastique et l’horreur cosmique d’un Lovecraft fendu en deux : artisanat d’amour tordu, sa sculpture tente de réifier l’informe.

David Leblanc, mars 2013
Ecrivain et poète, Québec

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