Donner forme. Tordre à l’extrême

    Donner forme. Tordre à l’extrême. Aller jusqu’au bout, avant que ça ne s’effondre. Il faudrait, pour appréhender le travail de Céline Cadaureille, penser à l’arc qui se tend ou à la chair qui s’affaisse. Il faudrait aussi sentir sous la pulpe de ses doigts l’humidité de la terre, la douceur des plumes et le froid de l’acier. Acceptons ce corps édredon et ces masques qui hurlent, vivons la transformation.

    Première chose à noter : c’est dans l’atelier, au sein d’une pratique quotidienne, que naissent les formes qui nous sont données à voir. Et, bien que la matière première soit parfois de l’ordre du vil (pattes de pigeon, terre, vinyl…), le résultat ne manque jamais d’élégance à l’endroit de sa mise en espace. Mais c’est un piège : le figé photographique qui nous est donné à voir est un reste, un arrêt sur image, une miette que l’artiste a laissé sur son passage dans un geste qui nous invite à aller plus loin que la forme.  En effet, le cheminement des œuvres est un tout et il faudrait peut-être apparenter l’ensemble à une danse frivole ou à une longue mélopée qu’il nous appartiendrait d’investir. Car c’est dans ce jeu de masques et de mises en situation que le spectateur peut saisir l’ampleur du problème, et sa légèreté : contradiction joyeuse d’une espièglerie juvénile, désir satisfait d’une coquette séductrice… L’espace ainsi construit est autant physique que mental : le cadre dans lequel l’ensemble s’inscrit est le fruit de la confrontation entre le corps de l’artiste et la matière travaillée.

Clare-Mary Puyfoulhoux

 

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